Cycles Laurent
Histoires des sorties
Paris Roubaix 2006

Samedi 10 juin 2006

Matinée bien remplie avec les derniers préparatifs. Acheter des barres énergétiques, des gels, boissons, jambon et pain pour les sandwichs, guidolines, mousses pour le cintre. Vers 15H arrive Thierry dans la voiture du directeur sportif. Chargement des vélos sur le toit, les affaires dans le coffre et, après un passage à Bobigny pour emmener le président du CMACyclo, route sur Compiègne ou l’on passera la nuit avant le départ à Cambrone les Riberant. L’ambiance à Compiègne présage qu’il y a une chose tout à fait spéciale que se trame dans le coin. Partout il y a des vélos et des cyclistes, certains jettent un regard circonspect sur les vélos Peugeot qui sont attachés sur le toit de la voiture. Le choix concernant le matériel pour faire cette Cyclo exigeante au niveau matériel a été fait depuis longtemps. Peugeot cadre acier. Roues 36 rayons, jantes basses, pneus à section 25. Rudimentaire et costaud au possible pour éviter les casses. Après déchargement du matériel et bagages (les vélos vont coucher dans la chambre présidentielle), route direction restaurant italien pour peaufiner la préparation physique. Pizza et pâtes. Puis retour Hôtel, préparation des boissons pour le lendemain, douche et au lit.

Dimanche 11 juin 2006

Réveil à 4H00, petit déjeuner comme on peut. L’Hôtel n’a pas encore commencé le service. Riz au lait de Mme Delamarre, sandwich jambon, et en route pour l’aventure. Dehors s’annonce une belle journée. Derrière la fraîcheur de la matinée se cache à peine la chaleur de la journée. Prise de dossards, dernières vérifications des vélos, mise à zéro des compteurs et c’est parti, le 916 et le 917 sont sur la route. On remarque de suite le nombre impressionnant d’Italien, de Hollandais, Anglais et Allemands. On traverse quelques forêts, ou il fait encore un peu froid, mais le vent est favorable et bientôt s’est constitué un peloton qui avance à une bonne allure qui nous emmène à une moyenne de 30 km/h jusqu’au premier ravito à Bohain-en-Vermandois ou l’on fait tamponner vite fait le carton de contrôle, remplit les bidons, avale un bout de banane. Tout le monde est impatient d’entrer dans le vive du sujet à Troisville. On sent une certaine fébrilité qui baigne l’air déjà plus chaud. Il est 8h45 quand nous nous arrêtons auprès de la Direction sportive pour ravitailler en barres et boissons. Le prochain ravito sera à Solesmes après 34 kilomètres. Le premier secteur pavé, celui de Troisville pour tout de suite. Il est comme à la première reconnaissance au Château de Versailles, surprenant. Mais surtout bien plus long. 2200 m. Ca permet de savoir que les mains vont chauffer tout le long de la journée. Le pavé de Viesly se passe encore comme planifié, sur le 52-18 à environ 30 km/h. Mais des coureurs devant nous empêchent de rouler à notre cadence, obligé de ralentir, accélérer, la débauche d’énergie que ça va être dans la journée se profile. Puis vient le secteur de Quievy le plus long de la journée, avec un virage en angle droit qui oblige de relancer debout sur les pédales. Ca casse le rythme plus encore que les cyclos devant qui nous freinons dans la progression. Descendre du haut du pavé, doubler, remonter, puis vient le moment ou le faux plat, le vent de face et le pavé a raison du 52-20, on met le 42 pour sortir péniblement de ce secteur, rejoindre la route bitumé et se refaire une santé.

Ravito à Solesmes ou le soleil chauffe déjà beaucoup. Il doit être 10h00. Boire, manger, boire, manger. On passe dans 4 secteurs dont un qui se prend en danseuse, enfin moi, impossible autrement. La roue arrière qui dérape sur les pavés pleins de poussière. Un VTT nous oblige presque de mettre pied à terre, il mouline à 5 km/h. La chaleur commence à peser déjà fort quand nous arrivons à Raismes pour le ravitaillement de midi. Thierry à déjà des cloques dans les paumes de la main, moi ça va j’ai mal aux mains mais pas de cloques. J’allonge un peu la pause pour bien manger et boire, la Tranchée d’Arenberg pointe son nez. On rentre tous les deux sur le pavé dans le secteur, alors que plein d’autres cherchent déjà les bas côtés. Je suis obligé de passer sur le chemin de terre quand mon porte bidon se tord à cause des vibrations. Faut croire que les rénovations du pavé d’Arenberg ont consisté à veiller qu’aucun pavé ne soit au niveau de l’autre. C’est impensable ce secteur, aucune photo, aucune vidéo ne pourra jamais réellement démontrer l’état de ce pavé. Thierry est resté malgré tout dessus, et en descend plus loin. Moi je remonte dessus, piqué par l’orgueil, je ne veux pas en sortir par le bas côté. 52-18, j’appuie tout ce que j’ai pour garder pendant 200m un 30 km/h. En dessous, ce n’est même pas pensable de rouler dessus.

Boire, manger, boire, manger. S’enchaînent maintenant les secteurs pavés qui commencent à se ressembler, et faire leur travail minant sur l’organisme, dont un spécialement exigeant qui débute en haut d’une côte, et qui en plus est en faux plat montant vers la fin. Commence pour moi un chemin de croix pendant les derniers secteurs avant Beuvry-la-Forêt. J’ai un besoin vital qui m’empêche de rouler sur le pavé, sinon je dois changer de cuissard. Les vibrations sont infernales. On ne sait plus comment tenir le cintre. La chaleur monstre. 36° au soleil. Enfin le ravito, boire, manger, boire, manger, tête sous le robinet d’eau, WC. On remonte les cintres des vélos, qui sont descendus par les vibrations. Encore 70 km et 14 secteurs pavés. Je vais mieux, maintenant, mais j’ai très mal aux fessiers . Je trouve une autre tenue du cintre pour passer les secteurs, Thierry accuse un peu le coup me semble t-il, je veille à ce qu’il reste bien dans ma roue. Le pavé de Mons-en-Pevèle nous mine aussi, j’en sors uniquement à la volonté parce que j’en ai assez de ce secteur de 3000m. J’y ai laissé de plumes. Plus loin un ravitaillement non planifié en eau fraîche par des gens qui habitent à côté du parcours. Des gens en or. Encore 2 secteurs avant le ravito de Cysoing. Thierry fait la même que moi à Beuvry. Ca va bien mieux après.

Ne restent plus que 30 km et 7 secteurs pavés, dont le Carrefour de l’Arbre. On loupe à une intersection de tourner à droite, et nous voilà parti pour une session de cyclocross à travers champs pour retrouver plus loin du pavé qui nous ramène sur le droit chemin et au café de l’arbre. Nous n’avons pas pris les routes mythiques mais du pavé quand même. La Bière blanche au café de l’Arbre est bonne et la serveuse bien belle. Nous passons les derniers secteurs dans le bas côtes, surtout le secteur de Hem bien trop dur après cette journée. Encore 10 km avant le Vélodrome, on remet en marche les brûleurs pour rouler sur des routes lisses à 30 km/h. Ca sent l’écurie. On double encore pas mal de cyclistes. Signe des policiers pour entrer dans le Secteur Pavé N°1 Charles Crupelandt de 300m. On ne le sent même pas. Puis un poste de sécurité, virage à droite, et entrée dans l’allée d’accès au Vélodrome. Chair de poule. On passe sous le pneu Hutchinson et nous voilà sur la Piste pour un dernier tour de bonheur qui finira par être deux, tellement on est content.

La douche dans les mêmes locaux que le pros. L’eau est brûlante, mais met les muscles en place. Puis une, deux bières bien fraîches pour moi, le pied. Manger. Assis sans se dire que l’on doit remonter sur le vélo pour passer encore quelques secteurs pavés.

Kilomètres parcourus : 260 km
Moyenne : 25,67 km/h
Heures de selle : 10:25

Milles merci à Patrick Delamarre et Pierre Morel. Sans eux, ce Paris Roubaix n’aurait pas été la réussite et l’expérience que cela a été. Merci aussi à Thierry d’avoir insisté pour le faire, mais je ne suis pas sur du tout de retourner sur les pavés du Nord. En tous cas pas avant 2008.

Quelques Photos en plus
Au vélodrome
Avec le président
Avec le directeur sportif

2006-06-19 23:09:46
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