Fête de l’Humanité 2004
Depuis la première édition, dont le but était de manifester en faveur des salariés de Manufrance, « la rando cyclo » de l’Humanité reste un moment intense.
Les luttes des salariés de Manufrance à Saint-Etienne ont été l’occasion de lancer la fameuse randonnée cyclotouriste de la Fête de l’Huma. Une vieille histoire toujours d’actualité, et encore porteuse de l’idée de solidarité. Pour la rando cyclo 2004 on y ajoute le centenaire de l’Humanité. A Gravigny-sur-Eure, c’est la première allocution de la randonnée. En présence du maire (communiste) de la ville, l’historique de cette course atypique est fait. On parle de la passion du vélo, du cyclisme. Et aussi « des grands journalistes de l’Humanité qui ont donné des titres de noblesse à ce sport : Abel Michéa, Emile Besson, Roland Passevant... ». Le maire remercie les coureurs de faire, une fois de plus, revivre cet événement. Tous ne sont pas encore arrivés. Mais le temps ne compte pas. Car l’important dans la rando cyclo de l’Huma est de passer ensemble un bon moment. L’équipe d’accueil de la mairie, de même que celle officiant en cuisine, a mis les petits plats dans les grands pour que la randonnée se poursuive dans les meilleures conditions.
« Mesdames... » Un mot très souvent décliné par Edmond en saluant, avec son chapeau, les villageoises de Gravigny-sur-Eure. L’air très digne sur son vélo, il ne paraît pas déplacé dans l’environnement. Pourtant, il est habillé en abbé, et pédale tranquillement sur un vieux vélo qui semble avoir vu le jour au tout début du siècle. « L’abbé Cane », ainsi s’est-il surnommé, fait partir du groupe charge de faire l’animation dans les villes. Juchés sur des vieux vélos, femmes et hommes décrivent des cercles sur ces drôles de machines. Il y a la draisienne, brevetée en 1818 sous le nom de vélocipède puisque son but est de faire marcher une personne avec une grande vitesse, le grand bi en acier des années 1875, le triporteur, le Gérard et plein d’autres modèles qui ont précédé les vélos actuels. Les gens applaudissent ce défilé.
Tout a commencé vers six heures du matin le vendredi. Par petits groupes ou, quelquefois seuls, les coureurs se sont présentés au départ. Le coeur bien accroché, mais les jambes quelquefois plus faibles. Pour certains, parce que leur âge bien avancé travaille à les fatiguer plus vite que les jeunes. Mais ils sont là. A ces grandes retrouvailles de chaque année, sanglés dans leur tenue de cycliste amateur aux couleurs vives. Des inscriptions barrent les deux tiers des tissus : Sartrouville, Argenteuil, Colombes, Villetaneuse, ou encore la NVO, « les cheminots d’Aulnay ». Il y a aussi un nombre important d’individuels et trois femmes. Les tenues rivalisent d’audace, et mettent en valeur les musculatures. Malgré la pratique habituelle de sport, l’excès quelquefois de bière et de bonne chair ne disparaît pas toujours. Le froid et le manque de sommeil marquent les visages. La séance « dopage » commence : une cuillerée de café soluble au fond d’un gobelet en plastique sur laquelle on verse l’eau chaude à la louche. Pas de quoi fouetter un chat. Mais que c’est bon par où ça passe ! La chaleur... Sans compter la propriété de cette boisson chaude à faire descendre un quatre-quarts bien costaud. Les blagues s’échangent entre les coureurs. Les souvenirs de deux, trois, quatre rando cyclo de l’Huma, ou plus. l’y a des licenciés, et des solitaires habitués à répondre présent à chaque randonnée cyclotouriste de la Fête de l’Humanité. « Il n’y a rien qui puisse nous faire rater la rando » ex plique un coureur. Comme « Lulu », certains ne comptent plus leur nombre de participations. Ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne manqueraient pour rien au monde leur rando ». Encore moins en cette année du centenaire. Une nouvelle fois fois tous ces coureurs ont endossé leur tenue pour aller sur les routes en solidarité avec les travailleurs salariés d’entreprises.
A sept heures, le vendredi, a eu lieu le grand départ à l’espace sport de la Fêté. A l’aller, une distance de 200 kilomètres à couvrir, avec la pause repas du midi à Gravigny, au kilomètre 120. Gilles et ses « potes » sont là. A moto, ils encadrent les coureurs pour leur rendre la vie plus facile aux carrefours quand le feu passe au rouge sur la moitié du peloton et qu’il faut aider l’autre moitié à passer. Dédé, premier responsable de la rando, ne se ménage pas. Aidé par une garde féminine rapprochée, Ie groupe dénoue les problèmes an fur et à mesure qu’ils se créent. Gérard est au ravitaillement et veille à ce que chaque point soit une halte agréable pour les « forçats » de la route. Quand à Francis toujours en queue de course dans la voiture-balai, il se démène comme un beau diable pour ne laisser personne sur le bord de la route.
Pour l’équipe des « vieux vélos », les arrêts animation se succèdent : Grande Couronne, Oissel et finalement Saint Etienne-du-Rouvray, la fin du parcours du vendredi. L’endroit où coureurs encadrement pourront manger et se reposer pour reprendre des forces pour le retour. En attendant que tous arrivent, place au pot d’accueil et au tirage de tombola. Un coureur prend la parole en tant que membre de la CGT : « On nous avait dit que la première partie de course n’était pas difficile, et que la seconde était plus facile. Résultat : des bosses, des bosses et encore des bosses. Mes camarades et moi avons décidé de nous mettre en grève pour le retour de demain. À moins que nos revendications soient satisfaites ! » Une menace qui a pour effet de mettre tout le monde à l’aise et, pour les coureurs, d’apprécier les petits lots gagnés par la suite à la tombola.
Le samedi matin, la rando reprend la route du retour. Les « vieux vélos » s’arrêtent pour une animation à Alisay, dans la cour d’une école en grève, juste le temps d’offrir aux gamins une remonté à vélo dans le temps. Pour la rando, c’est la traversée du Vexin en passant par Neuville, fief de Jacques Anquetil. Soit environ 150 kilomètres à parcourir avec un arrêt repas à Saint-Martin-du-Tertre dans le Val-d’Oise, avant l’arrivée à 15h30 à la Fête de l’Huma.
Fernand Nouvet
Remerciements : Nous tenons to particulièrement à remercier pour leur aide et leur gentillesse les municipalités de Gravigny-sur-Eure, Oissel, Tourville-la-Rivière, Grand-Couronne, Saint-Etienne-du-Rouvray, Alizay et Saint Martin-du-Tertre.
Article paru dans Humanité
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2004-12-30 22:54:04
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